Les carrières créatrices de biodiversité

grand duc

Par essence, l’exploitation d’une carrière modifie l’aspect d’un lieu, c’est un fait. Pour autant, nous avons vu dans l’épisode précédent, des exemples concrets comme Lezignan-La-Cèbe, qui illustrent parfaitement la fausse idée que l’on peut se faire d’une carrière. Si en amont on visualise la carrière exclusivement comme destructrice, la preuve est faite aujourd’hui que les carrières, modifient certes le paysage mais créent de nouveaux biotopes riches d’espèces protégées.

Avec ses fronts, ses lacs ou encore ses éboulis la carrière attire des oiseaux, des reptiles ou batraciens et bien souvent des espèces emblématiques d’un territoire et en quête de nouveaux habitats. Mais, voyons avec nos experts, de quoi il retourne exactement.

Un paradoxe administratif

Romain Marty a eu un exemple précis pour illustrer notre propos : un faucon nichait dans les parois d’une carrière en cours d’exploitation, sachant qu’avant la mise en exploitation, il n’y avait pas de front rocheux favorable à la nidification de cette espèce. Les exploitants avaient l’habitude de prendre des précautions pour protéger les oiseaux durant les périodes sensibles. Lors du renouvellement de l’autorisation de la carrière, l’exploitant a eu du mal à valoriser ce fait-là auprès de l’administration.

« Nous sommes habitués à cohabiter avec les espèces, qui s’installent sur les exploitations. On nous demande alors de stopper l’exploitation sur ces lieux pour protéger les espèces comme des grenouilles vertes par exemple. Or si nous n’entretenons pas la zone, le trou se comble, il n’y a plus d’eau, et donc plus d’espèce. Nous touchons ici du doigt le paradoxe entre écologie et activité, car il y a des moments où tout cela cohabite. Si je prends l’exemple de mes collègues qui chargent les sables sur le site, ils sont habitués à identifier la présence d’hirondelles. D’ailleurs, ils mettent des rubalises pour éviter certaines zones de chargement et protéger ainsi les oiseaux. Il y a une vraie sensibilité dans notre profession car nous gérons des sites avec de très grandes richesses en matière de biodiversité », explique Romain Marty.

En effet les carrières sont créatrices de biodiversité, si et seulement si les carriers sont formés et informés sur les différents habitats ou les différentes espèces qu’ils peuvent être amenés à rencontrer au cours de l’exploitation. Ils seront ainsi plus à même de préserver la biodiversité et en faire une force dans leurs projets de réhabilitation.
Julien Prouzet partage également ce point de vue :

« Les carrières sont des vecteurs d’enrichissement de la biodiversité car elles réussissent à créer dans des territoires monotones, des nouveaux habitats et à amener une certaine biodiversité qui n’existerait pas sans les carrières. Elles apportent en outre des points d’eau dans des zones assez arides, tout cela le grand public ne le voit pas forcément ».

Nous voyons bien que dans ce sujet autour de la biodiversité tout est une question d’équilibre, de connaissances et de culture… Entre fausses idées et un cadre administratif parfois étriqué, il reste encore du chemin à parcourir pour que la biodiversité prenne toute sa place. En tout cas soyons rassurés : de nombreux carriers veillent sur nos espèces protégées pour préserver la planète de demain.

Nous touchons du doigt un autre paradoxe de nos carrières. Nombre d’entre elles ont façonné hier nos paysages, notre histoire et notre patrimoine. Aujourd’hui, plus que jamais elles sont tournées vers les préoccupations écologiques de demain. En un mot, la carrière fait partie intégrante de nos vies, de notre histoire, c’est ce que nous allons voir ensemble dans le prochain épisode : les carrières marqueurs de l’histoire et du patrimoine.

 

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