Les carrières, marqueurs de l’histoire et du patrimoine

Vous connaissez désormais les carrières sous toutes leurs formes, et leur rôle essentiel dans la création de biodiversité. Voici désormais une autre facette importante de la réhabilitation des carrières, à savoir les enjeux liés à notre histoire, notre patrimoine.

Pour aborder ce sujet riche des carrières marqueurs de l’histoire et du patrimoine, nous allons voir notamment, comment il est possible d’ajouter dans l’intégration paysagère d’une remise en état de carrière, un certain nombre d’éléments dans des objectifs de valorisation de patrimoine.

L’exemple de la réhabilitation de la carrière de Boussan (31)

carrière de Boussans

Il s’agit d’une carrière dotée d’un gisement très anciennement exploité, avec une pierre calcaire que l’on ne trouve que sur ce site : le rose de Boussan. Ce dernier a alimenté des chantiers emblématiques du patrimoine du territoire.

De par la particularité patrimoniale de la pierre en pays de Comminges, une mise en valeur de ce patrimoine d’aujourd’hui et de demain a été engagée dans le projet de remise en état. Pour garder une trace de son histoire, le cabinet  Artifex avec l’aide de ses paysagistes, ont travaillé de concert avec la société des Carrières Bernadets exploitante du site, à remettre cet aspect en lumière dans le réaménagement. « Il faut réellement mettre en valeur la participation des sites industriels au patrimoine.

L’exploitation de la carrière s’inscrit pleinement dans son territoire et il apparaissait intéressant d’en faire valoir l’historicité, le bien-fondé et la démarche de prise en compte de la question patrimoniale, écologique et paysagère. D’autant plus que la présence d’un chemin rural en bordure du site, induit la présence de marcheurs et randonneurs, qui se posent nécessairement des questions sur l’activité de cette carrière, et qui souhaiteraient en apprendre plus sur sa vie.

Ainsi, en limite de la carrière, sur une partie réaménagée, nous avons proposé de créer un belvédère pédagogique. Les vues dégagées depuis ce belvédère étant mises en scène par la conception et la réalisation d’un abri dédié aux visiteurs. Abri qui sera équipé de panneaux pédagogiques mettant en lumière les thèmes forts de la carrière (patrimoine local, pierre et activité extractive, écologie et paysage) ».

Prenons désormais l’exemple des carrières du Sidobre situées près de Castres dans le Tarn.

carrière du Sidobre

Le Sidobre est un lieu emblématique. Le site a un fort passé patrimonial tant l’activité des carrières a ici façonné le paysage, la physionomie des vallées et a amené des micro-habitats de mares, de microfalaises, des zones humides, des éléments qui sont aujourd’hui une explosion de biodiversité.

Situé au cœur du parc naturel régional du Haut -Languedoc, le Sidobre est le plus grand massif granitique d’Europe et le premier site français d’exploitation du granit, de l’extraction à la transformation. Ici, l’exploitation de carrières à ciel ouvert côtoie une activité touristique, privilégiant les sentiers de randonnées et sentiers d’interprétations dans lesquels nos pas suivent les légendes qui habitent le site depuis tant d’années.

La carrière est ici un réel marqueur de l’histoire, du patrimoine mais aussi de l’économie. En effet, l’activité liée au granit emploie près de 1 200 personnes et fait vivre toute une filière, présente sur le secteur :

  • Centre de formation d’apprentis,
  • Carriers extracteurs,
  • Granitiers transformateurs,
  • Transporteurs,
  • Fabricants de machines et d’outils spécifiques,
  • Graveurs,
  • Sculpteurs,
  • Fabricants de conditionnements bois sur mesure,
  • Filière de valorisation des déchets.

carrière du Sidobre

On retrouve le granit du Sidobre dans le monde entier, des trottoirs des Champs Elysées, au métro de Singapour, du centre-ville de la jolie ville d’Albi au World Trade Center de Shangaï.

Enfin, il ne faut pas quitter le Sidobre sans la visite de la Maison du Sidobre. Il s’agit d’un musée qui explique le travail du granit, d’hier à aujourd’hui, de son extraction aux ateliers de transformation.

Aujourd’hui sur ce site les équipes d’Artifex interviennent le moins possible car elles savent que la nature reprend très bien ses droits toute seule.

 « Les carrières sont souvent des sites avec un passé intéressant. Il y a une histoire industrielle à raconter, en lien avec une véritable intégration dans leur territoire »,

conclut Julien Prouzet.

Devoir de mémoire

Les carrières apportent de la force au paysage, plutôt que de cacher la carrière et de la voir comme une cicatrice, il est temps de la voir comme un témoignage à transmettre aux générations futures.

À l’instar des Terrils du Nord, classés au patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO, nos sites d’extractions sont, en effet, des marqueurs forts de notre histoire, de notre patrimoine culturel et industriel. Derrière ces carrières, se cachent des vies d’hommes et de femmes souvent difficiles. Toutes signent notre paysage ou nos plus beaux monuments. Ils participent à faire vivre la mémoire de ces vies, de ces savoir-faire.

Une réhabilitation réussie de carrières permettra donc d’apporter de la biodiversité d’une part, mais aussi de préserver cette mémoire, de transmettre ce savoir-faire industriel qui a autant façonné nos paysages que nos villes.

Mais pour gagner ce pari, la profession doit elle aussi faire face à sa révolution digitale et à l’apport de nouvelles compétences. C’est ce que nous allons tenter d’aborder dans le 5e et dernier volet de notre série : les enjeux de la modélisation 3D dans les projets de réaménagements. L’apport des métiers de paysagiste et naturaliste.

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