Les enjeux de la modélisation 3D dans les projets de réaménagements

L’apport des métiers de paysagiste et naturaliste

carrière de calcaire

Biodiversité, terres agricoles, économie et industrialisation, les enjeux sont de taille dans ce secteur de la réhabilitation des carrières. Une fois de plus, et ce n’est pas une surprise, l’arrivée de la modélisation 3D dans les projets de remise en état des carrières est aussi synonyme de révolution.

En effet, la profession accuse un certain retard quant à l’utilisation des nouvelles technologies. Mais la révolution est en marche, voyons avec nos experts comment le digital et notamment la modélisation 3D s’invite désormais dans les projets de réhabilitation.

Romain Marty nous l’assure et s’inscrit lui-même pleinement dans cette tendance qui annonce un renouvellement dans la réhabilitation des carrières.

« C’est un chantier à part entière et il est encore difficile de faire passer ce message. Il faut appréhender sa carrière avec la réhabilitation dès le début en tenant compte de tous ces nouveaux paramètres que sont la topographie, l’écoulement des eaux, l’inscription dans le paysage… Grâce à la modélisation nous avons des résultats plutôt satisfaisants. C’est une vraie réponse aux attentes des usagers, de la société et des communes. Une nouvelle ère s’annonce dans laquelle le digital occupe une place prépondérante. »

La modélisation 3D des projets finaux de remise en état de carrières apportera de nombreux bénéfices.

Par exemple :

La modélisation permettra d’ajouter les matériaux extérieurs à l’évaluation des matériaux qui ne seront pas valorisés. Les carriers seront donc en mesure de finaliser un projet de remise en état cohérent et surtout global.

Toutes les étapes de remblais par phases seront précisées, cela permettra d’éviter le stockage de matériaux et d’optimiser ainsi les chantiers.
La technique apporte beaucoup plus de précisions tout au long de la vie de l’exploitation de la carrière. La traçabilité obligatoire des matériaux inertes extérieurs tend nettement à faire évoluer les professionnels et donc à amorcer des approches BIM.

Pour Julien Prouzet, la modélisation permet de gagner en réalité « même si nous ne sommes pas encore dans de la réalité virtuelle nous nous en approchons ».

La 3D permet de suivre la pertinence de l’évolution de la carrière, dans toutes ses phases. Cela devient donc un véritable outil de communication à destination des élus et du public amenés à se prononcer lors des enquêtes publiques. Les habitants peuvent se positionner pour voir comment la carrière va évoluer et comment elle sera intégrée dans le paysage. Cette technologie rend les projets plus concrets, rassure et apporte des éclairages pour donner un avis au moment des enquêtes. La modélisation 3D donne beaucoup plus de crédibilité tant aux métiers de l’ingénierie qu’aux carriers.

Réhabilitation de carrière et BIM

À ce jour, nos intervenants n’ont pas connaissance de projet réalisé avec une convention BIM. Mais les habitudes changent, notamment avec l’arrivée des nouvelles générations et les exigences de plus en plus fortes en termes de traçabilité, d’anticipation, et de sécurité.

Pour aller plus loin de nouveaux métiers viennent enrichir la modélisation et la réhabilitation des carrières : les paysagistes et naturalistes ;
Quels sont les apports des métiers de paysagiste et naturaliste dans la réhabilitation des carrières ?

Julien Prouzet et son associé Sébastien Faïsse ont fait le choix d’intégrer ces expertises à leur cabinet, voyons pourquoi :

« La valeur ajoutée du métier de paysagiste réside dans l’intégration de la carrière dans son territoire. Cette expertise permet de mieux définir quelle orientation il est préférable de prendre, dans le phasage de l’exploitation. Dans le réaménagement le paysagiste a toute sa place car il est le 1er analyste de comment on restitue un site industriel à son territoire. Il apporte un travail plus fin sur les fronts d’exploitation, les banquettes ou le carreau final. Doit-on le laisser nu, doit-on le combler, doit-on casser les banquettes… ?

L’expertise du paysagiste se renforce lorsqu’elle est conjointe avec celle du naturaliste. En effet l’écologue permet d’approfondir les choix de réaménagements naturels de carrières, selon les espèces et habitats ciblés. Certaines espèces recherchent des hautes falaises, d’autres des éboulis, d’autres encore trouveront dans les points d’eau et mares de quoi assurer leur cycle biologique, etc. et ces espèces peuvent être emblématiques pour un territoire. Nous aurons donc tendance à orienter le réaménagement pour atteindre cet objectif final et participer à la biodiversité locale en l’enrichissant d’habitats », précise Julien Prouzet.

Carrières d’hier, carrières de demain,

Nous voici donc au terme de cette série consacrée à la réhabilitation des carrières. Nous espérons que celle-ci vous a autant passionné que nous et que votre regard sur les carrières aura changé. C’est un peu la mission que nous nous sommes modestement donnée avec cet article : apporter un nouveau paradigme sur les carrières et les enjeux liés à leur réhabilitation.

Nous avons vu qu’il s’agit d’un métier technique avec un impact économique et écologique fort. Un métier dans lequel, comme souvent dans le monde des TP, les habitudes ont la vie dure. Mais un métier en pleine mutation, qui s’adapte aux enjeux quels qu’ils soient. Car, après tout c’est ce que les carrières ont toujours fait, à travers les siècles, elles se sont adaptées à nos besoins, aux usages, aux matériaux, aux envies parfois folles des bâtisseurs…

Aujourd’hui elles prennent la mesure de leur rôle comme créatrices de biodiversité d’une part et garantes d’un savoir-faire d’autre part. Nul doute que la modélisation offrira de belles perspectives aux réhabilitations de demain, pour conjuguer peut-être enfin écologie et économie. Un vœu pieux ? L’Histoire nous le dira…

 

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